L'astronomie amateur aujourd'hui

 

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L'astronomie amateur depuis toujours représente un vivier important de passionnés en tous genres, du simple curieux du ciel observant spontanément au détour d'une belle soirée étoilée sans objectif particulier avec souvent du matériel modeste (les yeux, paire de jumelles ou petit télescope), à l'expert absolu qui est prêt à tout pour pouvoir utiliser un télescope de premier choix de grande ouverture (300 à 400 mm) afin d'exécuter un programme de "travail" très précis, sans oublier faute de mieux, ces intellectuels ayant fait de l'astronomie, un terrain de recherches comme d'analyses dans un domaine bien particulier (l'optique, l'histoire, la conquête spatiale, la planétologie, les météorites,...). Dans cette population de pratiquants, il conviendra également de distinguer les amateurs itinérants dont la pratique est beaucoup plus rare car totalement dépendante de l'activité d'un club ou de déplacements sur un site "sauvage" en campagne avec des confrères et ces heureux amateurs bénéficiant au mieux de leur terrain privatif autour de leur domicile, au pire d'un balcon suspendu sur un horizon bien dégagé, correctement orienté (de préférence dans l'axe Est-Sud-Ouest), pour pouvoir s'adonner en toute quiétude, à la moindre opportunité d'observer. Dans cette population, il conviendra également d'y distinguer les amateurs des villes et les plus chanceux que sont les amateurs à la campagne. Et enfin, ne pas écarter la personnalité intrinsèque de ces amateurs quant à leur réelle motivation pour observer. Autant de points et de bien des inégalités entre adeptes de ce loisir dont la crise actuelle du coronavirus tend à exacerber.

Comme lors de crises de toute nature (sanitaire, économique, politique,...), les inégalités se creusent inévitablement entre ceux qui peuvent continuer à pratiquer quoiqu'en soient les restrictions administratives et ceux dont ces mesures les crucifient instantanément, sans solution alternative. Le premier confinement de 55 jours entre mars et mai 2020 aura ainsi représenté une opportunité incroyable pour un bon nombre d'amateurs privilégiés dont l'isolement dans leur domicile signifiait alors la liberté logistique, calendaire comme horaire pour pouvoir profiter de toutes opportunités de ciels dégagés, ce qui s'avérera justement parfaitement le cas dès début avril par une bien heureuse convergence avec la probabilité météorologique, alors que depuis des mois durant, le ciel s'obstinait à demeurer couvert voire bien largement pluvieux. Après une période de relative accalmie de juillet au tout début de l'automne, pour certaines associations qui avaient pu retrouver un semblant d'activité, tout du moins au sein de rencontres strictement à titre privé entre adhérents en nombre limité, respectant scrupuleusement les gestes barrières ; nous apprenions en septembre avec inquiétude peu à peu l'annulation de rencontres annuelles majeures (RCE, journée des commissions de la SAF,...). Le virus dicte ses lois, ce d'autant plus quand il nous confisque le peu de nos probabilités nocturnes de sages. L'astronomie amateur du temps de la COVID-19, bien curieuse aventure. On ne se limitera pas dans ce paragraphe à pleurer narcissiquement sur nos seules préoccupations d'observateurs simplement empêchés de suivre des événements célestes majeurs ; on soulignera tout de même le plus terrible de l'actualité : Un monde entier fracturé, des centaines de milliers de morts, de nombreux établissements comme des milliers d'emplois directement foudroyés par cette crise. 

L'astronomie amateur aujourd'hui, en fonction de sa situation comme de sa témérité face aux obstacles, c'est apprendre à se réinventer, se remettre en question, élargir un peu ses horizons quant à la discipline, quand l'art pratique de l'observation comme de l'épanouissement social, ne sont plus possibles. Une passion demeure une passion et quand l'interdiction de pouvoir glisser l’œil dans son télescope devient intenable, il existe fort heureusement bien des palliatifs pour se rendre utile aux autres afin que le bon sens d'une vie terrestre si courte abordé par le Dalaï-Lama, demeure au centre de nos actions. Couvre-feu ou même confinement, il convient de noter que peu de monde possède la motivation d'une poignée, malgré toute adversité du calendrier, de descendre un télescope dans l'ascenseur d'une résidence en plein centre-ville pour profiter parfois en pleine nuit que ces seules quelques dizaines de minutes de trouée offertes par la météo pour observer voire dessiner admirablement bien le sujet de leur téméraire aventure. Motivation doublée d'une pugnacité à tenir sans usure ce rituel dans la durée, profitant de la moindre occasion possible. Le feu sacré fait bien des miracles chez certains de mes illustres confrères dont le talent fou furieux est incroyable. On les admire bien volontiers pour cela. A ce niveau-là, il convient d'en conclure qu'il existe bel et bien deux façons de vivre l'astronomie : la modération ou le fanatisme. Je m'en tiendrai toujours à la modération des sages car c'est ma nature ; la crise sanitaire m'ayant largement contraint à élargir mon angle de vue dans la tenue de ce cybercarnet.

Je me souviens encore de ce jour de novembre 2019, quand je découvrais mon nouvel instrument d'observation, flambant neuf, encore emballé dans son carton. Pas de coronavirus, pas de distanciation sociale, pas de masque, tant d'espoirs de nouvelles observations en cascade avec un instrument si simple d'utilisation, soit sur le terrain de l'association avec les confrères, soit depuis le jardin familial de mes chers parents de l'autre côté de la capitale. Une entrée heureuse au même moment à la Société Astronomique de France pour rejoindre quelques commissions que j'adore et retrouver un petit groupe de personnes particulièrement expertes que je connais si bien depuis 20 ans. Tant d'envies d'apprendre et de ré-expérimenter dans l'enclos du vieil amour retrouvé ; tout comme satisfaire un peu cette fougue personnelle à transmettre comme partager un peu de notre savoir que l'âge de 40 ans (plus très loin !) nous invite bien souvent. L'entrée, de même, dans une société d'astronomie locale à 20 min en voiture de l'appartement en janvier 2020 avec la liberté du parfait célibat en sus, l'horizon sans un nuage, pour avancer avec les célèbres bottes de sept lieux dans mes entreprises. Au fur et à mesure des mois, il faut le dire, j'ai peu à peu déchanté. 

Fort heureusement, il y a souvent des compensations dans ces épreuves. Tout n'est jamais négatif, loin de là, avec les belles surprises de la vie comme celle d'avril 2020 conduisant dès le dé-confinement de mai à l'impulsion d'entreprise estivale de nouveaux travaux d'envergure dans mon logement pendant plusieurs mois pour asseoir une nouvelle sérénité intérieure. Quand s'enfermer chez soi peut désormais devenir soudainement une règle sans discussion possible avec l'autorité, imposant d'apprendre rapidement des inconforts d'une première expérience douloureuse, des moyens inédits pour mieux supporter toute forme d'emprisonnement renouvelé, comme toutes les sources possibles de nouvelles déconvenues. L'astronomie amateur aujourd'hui, à ces heures de la COVID-19 : Elle est très difficile, d'autant que l'aventure ne fait que commencer.
"Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler !" - Louis POIRIER (1910-2007)